LES ENFANTS MAUDITS

Depuis le départ de notre frère, Bernard, ma soeur Hélène me dit souvent que nous sommes des enfants maudits… Il est vrai qu’après quelques décennies de vie, nous pensions nos parents géniteurs plus enclins à nous regarder au moins avec indulgence et pourquoi pas avec une certaine affection!

Avec ces gens là point de répit, nous sommes des « accidents » clairement nommés ainsi dans un écrit de ce père, lequel dans sa bêtise inconsciente, s’obstine à donner cette lecture insipide, à ma soeur, et de lire ce que nous savions déjà, que nous n’avons jamais été désirés, que la contraception n’existant pas (si, cher papa, l’abstinence), il a bien fallu s’accommoder de 4 enfants tant bien que mal, et nous de grandir à force de ceinturon, d’insultes, de maltraitance, d’humiliations, et d’écouter le grand Maître adjudant chef dans ses faits d’armes qui relèvent d’une imagination sans fin.

Et de déplorer que l’être qu’il ne sera jamais a fait de lui, un homme mauvais, menteur, hâbleur, lâche, et surtout très violent, enfin une violence, sur les enfants que nous étions et sa femme, laquelle au fil du temps s’est révélée, une mère plus qu’imparfaite!

Je suis mère à mon tour, une maman attentive au devenir de ses enfants, protectrice, aimante, en essayant de trouver le bon tempo et créer l’harmonie, le bon vivre dans une maison chaleureuse ; mais où je ne tolère aucun cri, le dialogue est roi, on parle de tout et de rien, j’ai toujours considéré que mes enfants ne m’appartenaient pas, et je les respecte chacun avec leur personnalité, leur fantaisie, et chacun sait qu’il peut compter sur moi, quoiqu’il arrive!

J’ai fait le choix d’élever mes enfants dans l’amour, sans rapport de force, sans cette hystérie déplacée, dégradante, il est vrai que garder de la constance dans une humeur égale est plus difficile, alors que j’ai grandi dans la stupeur des hurlements frénétiques, dangereux de parents inconstants, égoïstes et tellement désinvoltes dans leur comportement!

Le temps fait son oeuvre, l’oubli facile pour raconter une autre histoire, la leur bien sûr, , nous devenons des enfants de la déception, avec une jeunesse compliquée, des cancres à l’école, et entendre et supporter au terme de la vie de mon frère, cette parole indigne de ce père abject, et puis quoi encore, la mort de Bernard, ne doit pas  » justifier de magnifier son parcours, sa vie »

Mon amour, mon frère, nous savons tous quatre à quoi nous en tenir, rien dans leur existence, ni cette tragédie de te perdre si vite, si tôt, ne saurait nous donner une quelconque forme de légitimité dans la vie de ces géniteurs!

On ne choisit pas ses parents, ton départ pour un autre rivage a fait éclater cette pseudo famille, tu connais ce père calculateur, la mère vénale, et terrible, sous des apparences de mère modèle, mais dont la capacité de se souvenir de ce qu’elle devrait être, ne dure pas plus de quelques minutes! Elle change de costume pour mieux diviser, semer son amertume…

Nous sommes orphelins de toi, mon Bernard, nous sommes dans un tourbillon de chagrin, et nous devons l’affronter tous les trois, car les parents modèles, enfin, ce binôme d’imposteurs a choisi, de soutenir encore, celle, que tu ne supportais plus de regarder dans les dernières heures de ta vie et qui a tout fait, pour que tu passes de l’autre côté!

Notre histoire avec ces gens là s’arrête là, car, mon Bernard, comment comprendre ton père qui a lu un texte lors de la messe de ton inhumation avec ton beau-père que tu méprisais ; en lieu et place du fils, de ton frère qui lui restait ; alors moi de m’imposer dans cette messe mascarade pour raconter le guerrier, le père protecteur que tu étais…mais ce fût un court moment de raison que j’ai du voler dans l’organisation où nous étions, une fois encore, ton frère et tes soeurs écartés, bannis!

Je t’aime, je vous aime les enfants maudits et je vais oser une déclaration encore plus inédite, et folle, j’aime la femme, la mère, la soeur que je suis!

A nous quatre

Isabelle

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